Un coach peut-il accompagner quelqu’un qui s’oublie systématiquement ?

S’oublier, passer après les autres, faire primer les attentes extérieures sur ses propres besoins : pour certaines personnes, ce n’est pas un comportement ponctuel, mais un mode de fonctionnement installé depuis longtemps. Elles ne se définissent même pas comme “en difficulté”. Elles disent souvent : « c’est comme ça que je suis ». Dans ce contexte, une question revient fréquemment : un coach peut-il accompagner quelqu’un qui s’oublie systématiquement, sans le brusquer ni le pousser à devenir quelqu’un d’autre ? La réponse est oui, à condition de comprendre ce qui se joue réellement derrière cet oubli de soi.

S’oublier : un fonctionnement plus qu’un défaut

Pourquoi certaines personnes passent toujours après les autres

S’oublier n’est pas un manque de caractère ou d’estime de soi au sens simpliste. C’est souvent un ajustement ancien, parfois très intelligent à l’origine.

S’oublier peut avoir permis de :

  • préserver des relations importantes
  • éviter les conflits
  • être reconnu comme fiable ou indispensable
  • maintenir une forme de sécurité affective

Ce fonctionnement s’est construit pour de bonnes raisons. Le problème n’est pas qu’il existe, mais qu’il devienne automatique, rigide, et coûteux avec le temps.

Le coaching ne cherche pas à supprimer ce mécanisme, mais à le rendre conscient.

Quand l’oubli de soi devient un problème

Tant que s’oublier ne génère pas de tension intérieure, il ne pose pas nécessairement question. Mais avec le temps, certains signaux apparaissent :

  • fatigue chronique
  • irritabilité inexpliquée
  • sentiment de vide ou de frustration
  • impression de ne plus savoir ce que l’on veut

Ces signaux indiquent moins un “problème personnel” qu’un déséquilibre entre adaptation aux autres et respect de soi.

C’est précisément à cet endroit que le coaching peut être pertinent.

Le coaching comme espace sécurisé pour se remettre au centre

Un accompagnement sans injonction à changer

Une personne qui s’oublie systématiquement n’a pas besoin qu’on lui dise de « penser à elle » ou de « s’affirmer ». Ces injonctions sont souvent déjà connues… et inefficaces.

Le coaching adopte une posture différente. Il ne pousse pas à devenir plus égoïste, plus dur ou plus revendicatif. Il crée un espace où la personne peut commencer à s’observer sans se juger.

Avant de changer quoi que ce soit, il s’agit de comprendre :

  • quand je m’oublie
  • avec qui
  • dans quels contextes
  • à quel prix

Cette compréhension est une étape essentielle.

Apprendre à s’écouter sans culpabilité

Pour quelqu’un qui s’oublie, se recentrer peut provoquer une culpabilité immédiate. Le coaching aide à apprivoiser cette culpabilité au lieu de la combattre.

S’écouter ne signifie pas imposer ses besoins aux autres. Cela signifie d’abord les reconnaître pour soi. Le coaching accompagne ce mouvement progressif, souvent délicat, de réintégration de soi.

Il ne s’agit pas de tout exprimer d’un coup, mais de commencer à se poser des questions simples :

  • qu’est-ce que je ressens vraiment dans cette situation ?
  • qu’est-ce que cela me coûte ?
  • de quoi aurais-je besoin, même si je ne le demande pas encore ?

Rendre visible l’invisible : le rôle du coach

Mettre en lumière des automatismes inconscients

Les personnes qui s’oublient systématiquement ne s’en rendent souvent pas compte sur le moment. Elles réalisent après coup qu’elles ont dit oui, accepté, arrangé… encore une fois.

Le coach joue un rôle de miroir. Il aide à repérer ces automatismes :

  • s’adapter avant même d’avoir ressenti
  • anticiper les besoins des autres
  • minimiser les siens
  • éviter toute forme de tension relationnelle

Ce travail de mise en conscience est déjà transformateur. On ne peut pas ajuster ce que l’on ne voit pas.

Distinguer empathie et effacement

Beaucoup de personnes confondent l’empathie avec l’effacement. Le coaching permet de faire cette distinction essentielle.

Être attentif aux autres n’implique pas de disparaître. Prendre en compte une relation ne signifie pas renoncer systématiquement à soi.

En clarifiant cette frontière, la personne peut conserver sa qualité de présence tout en se respectant davantage.

Revenir à soi sans se trahir

Réintroduire ses besoins de manière progressive

Le coaching ne cherche pas des changements spectaculaires. Il privilégie des ajustements progressifs, compatibles avec le fonctionnement réel de la personne.

Cela peut commencer par :

  • reconnaître intérieurement un désaccord
  • différer une réponse au lieu de dire oui immédiatement
  • identifier une limite, même si elle n’est pas encore exprimée

Ces micro-ajustements permettent de réintroduire la personne dans sa propre vie, sans rupture brutale.

Poser des limites sans devenir quelqu’un d’autre

L’une des peurs fréquentes des personnes qui s’oublient est de devenir égoïstes ou dures si elles commencent à poser des limites. Le coaching aide à déconstruire cette peur.

Poser une limite n’est pas un rejet de l’autre. C’est une information sur soi. Le coaching accompagne l’apprentissage de limites plus calmes, plus claires, moins chargées émotionnellement.

Ce que change réellement l’accompagnement

Une relation plus juste à soi-même

Avec le temps, l’accompagnement permet de développer une relation plus équilibrée à soi. La personne ne cesse pas immédiatement de s’oublier, mais elle s’en rend compte plus tôt.

Ce simple décalage change beaucoup :

  • on s’arrête avant l’épuisement
  • on ajuste avant la frustration
  • on choisit parfois différemment

L’oubli de soi cesse d’être automatique.

Une transformation discrète mais profonde

L’extérieur ne change pas toujours radicalement. Les rôles restent parfois les mêmes, les relations aussi. Mais la posture intérieure évolue.

La personne se sent plus présente à elle-même, plus légitime dans ses ressentis, moins en lutte silencieuse. Cette transformation est souvent invisible pour les autres, mais très tangible intérieurement.

Un accompagnement respectueux et réaliste

Un coach peut accompagner quelqu’un qui s’oublie systématiquement, à condition de ne pas chercher à le “corriger”. Le coaching n’impose pas un nouveau modèle de comportement. Il soutient un retour progressif à soi, à un rythme supportable.

S’oublier a été une stratégie. Le coaching permet d’en faire un choix plutôt qu’une obligation. Et c’est souvent à partir de cette liberté retrouvée que des ajustements durables deviennent possibles.

Laisser un commentaire